Maître Kosen Thibaut, une vie pour zazen

Une voix. Un  coffre . Un rire. Un souffle. Une relation quasi filiale avec Taisen Deshimaru. Une pratique passionnée de zazen dès sa rencontre avec son maître et jusqu’à son dernier jour, malgré la maladie. Une fidélité sans faille, non pas tant au bouddhisme, qu’à la posture de zazen. Une énergie inépuisable à transmettre ce qu’il appelait un patrimoine de l’humanité, sur deux continents. Un enseignement vivant, issu d’une compréhension intime du zen, tout à la fois adapté au présent. Tourné vers le futur, et fidèle à la lignée des maîtres depuis le Bouddha.

Voilà quelques-unes des caractéristiques les plus marquantes de maître Kosen Thibaut.

Ordination de maître Kosen par maître Deshimaru

Ordination de Stéphane Kosen Thibaut par maître Deshimaru.

Vers ses vingt ans, Stéphane Thibaut n’a jamais véritablement entendu parler du zen ou du bouddhisme. Son oncle lui a bien passé un livre qui traite du zen. Mais la philosophie et la culture livresque ne l’intéressent pas. En quête d’une voie spirituelle, il rêve vaguement de partir en Inde pour devenir sadhu. Alors qu’il déambule dans la rue, un taxi s’arrête et une amie qu’il avait perdue de vue l’apostrophe. Elle se rend à une séance de zazen et Stéphane l’accompagne. Dès qu’il s’assoit en posture de zazen, il comprend que c’est ça qu’il veut pratiquer. Il a trouvé sa voie et son maître.

Il pratiqua avec maître Taisen Deshimaru pendant quinze ans et fut son secrétaire. Pratiquant zazen assidûment, il habitait au dojo. Il reçut l’ordination de bodhisattva de son maître, puis de moine zen. Par deux fois. La première fois, Taisen Deshimaru lui déclare :

Stéphane, you must become a monk.

C’étaient les années 70, et maître Deshimaru avait comparé les moines zen à des hippies, mais propres. Stéphane Thibaut accepte, mais sans comprendre tout à fait ce que cette ordination signifie. Quelque temps plus tard, alors qu’il habite à plein temps au dojo zen. Il redemande l’ordination de moine à son maître. Amusé, celui-ci accepte.

Josy Thibaut, fondatrice de Zen Paris, et maître Kosen

Josy Thibaut (centre), fondatrice de Zen Paris, lors d’une session du camp d’été 1982 dirigée par maître Kosen (debout).

La mort de maître Deshimaru, en 1982, prend tout le monde de court. Il n’a eu le temps de donner la transmission de manière formelle à aucun de ses disciples. La plus haute autorité du zen soto au Japon, Niwa Rempo Zenji. Assure la continuité de la mission de maître Deshimaru et se rend en France pour donner le shiho, la transmission, à Stéphane Kosen, Étienne Zeisler, et Roland Reich.

Quand Sensei est mort, il y a eu Étienne, Roland et moi, et bien sûr que, au niveau phénoménal on s’est engueulé. Il y a eu de la compétition, des trucs, mais le travail qu’a fait Roland c’est la transmission aussi. C’est un travail non négligeable qui est aussi important que le travail que je fais. Le travail qu’a fait Étienne aussi est très important. Et chacun à contribué à quelque chose qui va peut-être se passer dans cinquante ans, cent ans, deux cents ans.

Il se met à suivre l’enseignement d’un grand maître de médecine chinoise. Qui lui apprend que le zazen est connu et pratiqué en Chine sous le nom de  qi gong calme . Ce maître lui déclare notamment :

Quand vous sortez du qi gong, quand vous sortez du zazen, vous devez couper avec, vous devez redevenir ordinaire, vous devez oublier.

Il comprend mieux ainsi l’attitude de maître Deshimaru et l’importance de ne pas chercher à prolonger l’état d’esprit du zazen après la séance. Il intégrera régulièrement ces éclairages plus axés sur la santé pour indiquer aux pratiquants comment améliorer leur posture et trouver la juste attitude de l’esprit.

Mais maître Kosen veut rester fidèle à l’enseignement en ligne directe du zen, de maître à disciple, peu compatible avec des institutions, quelles qu’elles soient. En 1992, il quitte l’association initialement créée pour diffuser le zen de Deshimaru pour enseigner à Rennes, Amsterdam, et Montpellier. En 2002, il fonde l’ABZD, structure légère qui permettait d’organiser des sesshins dans un cadre juridique clair.

Maître Kosen dirigeant la 5e session du camp d'été 1982 au temple zen de la Gendronnière

Maître Kosen dirigeant la 5e session du camp d’été 1982 au temple zen de la Gendronnière.

Maître Kosen (1950-2025) fut un artisan majeur de l’implantation du zen soto en France. En Europe et en Amérique du Sud.

Il a animé de nombreuses sesshins et fondé des dojos très actifs, en Europe et en Amérique du Sud. Il a également créé plusieurs temples zen, à Cuba. En Argentine et en France, dans le Haut-Languedoc, le temple zen Yujo Nyusanji.

Stéphane, vous pouvez faire ce que vous voulez dans votre vie : boire. Faire l’amour… Ça ne me regarde pas, cela ne m’intéresse pas. Faites ce que vous voulez, mais soyez là le matin au dojo ! - Taisen Deshimaru

Si ses enseignements oraux, ses kusens, étaient empreints d’une grande originalité. Ils restaient parfaitement fidèles à la tradition du bouddhisme zen. Il commente pendant plusieurs années la notion de pratique continue, gyoji, puis le soutra du cœur, l’Hannya Shingyo. Au début des années 2000, il découvre la Prajna Paramita, la Chronique de la grande sagesse. Dont est extrait le soutra du cœur, dans la monumentale traduction française qu’en a donnée le prêtre catholique Étienne Lamotte. Il s’astreint à l’étudier en profondeur pour en tirer des kusens, puis un livre.

Stèle dédiée à maître Kosen, au pied de la stèle dédiée à maître Deshimaru au temple zen de la Gendronnière

Stèle dédiée à maître Kosen, au pied de la stèle dédiée à maître Deshimaru, au temple zen de la Gendronnière.

Maître Kosen a contribué à former plusieurs générations de pratiquants et d’enseignants. Son enseignement, direct et sans dogmatisme, voire iconoclaste, dans la grande tradition zen. Insistait sur l’intégration du zen dans la vie quotidienne.

Maître Kosen Thibaut a consacré plus de cinquante ans de sa vie à zazen. Il a laissé une empreinte durable par son engagement, ses enseignements oraux. Ses écrits et la communauté qu’il a contribué à faire vivre.

Intérieur du dojo du temple zen Yujo Nyusanji, dans le Haut-Languedoc

Les successeurs de maître Kosen poursuivent sa mission au temple zen Yujo Nyusanji, qu’il a fondé dans le Haut-Languedoc.